On se souvient d’une photographie apparue sur le marché en 2008, découverte par les libraires Alban Caussé et Jacques Desse dans une brocante, au milieu d’un lot d’une trentaine de photographies anciennes. Le dos de l’un des clichés portait la mention « Hôtel de l’Univers ». Elle fut rendue publique (et vendue) en avril 2010, lors du Salon international du livre ancien à Paris, où elle était présentée comme une possible image inédite de Rimbaud (Libération, 11/04/2014).

De vigoureux débats avaient ensuite opposé les tenants de cette thèse à d’autres chercheurs (Reinhard Pabst et Jacques Bienvenu notamment) qui la contestaient en identifiant certains protagonistes du cliché (Dutrieux et Lucereau) puis en s’appuyant sur leurs lettres et séjours pour conclure que Rimbaud ne pouvait être présent sur ce cliché. On se souvient d’une soi-disant expertise scientifique d’un soi-disant chercheur associé au Laboratoire d’anthropologie anatomique et de paléontologie à l’université Claude-Bernard de Lyon qui visait, en comparant le visage de cet inconnu avec cinq autres portraits du poète : deux clichés pris par Étienne Carjat en 1871, une photographie de la communion de Rimbaud, une photographie prise à Sheikh Othman, près Aden au Yémen, et la peinture dite du Coin de table de Fantin-Latour, à démontrer scientifiquement qu’il s’agissait bien de Rimbaud. Le gugusse disparut aussi vite qu’il était apparu.
Ce qui agitait la Rimbaldie et le monde entier par média interposés était l’idée du « chaînon manquant ». On disposait enfin du visage de Rimbaud à Aden à l’été 1880 ! Le fameux biographe de Rimbaud, Jean-Jacques Lefrère, avait reproduit un extrait de la photographie en couverture de son ouvrage, Arthur Rimbaud. Correspondance posthume 1891-1900, scellant ainsi son credo en l’image découverte.

Pour ma part, assez peu convaincu par la chose, j’étais surtout sidéré qu’on fasse alors si peu de cas des trois autoportraits que Rimbaud avait envoyés aux siens par la lettre fameuse du 6 mai 1883. Trois représentations avérées du poète devenu marchand de café, mais tenues comme étant sans intérêt parce que considérées comme de mauvaises images, illisibles, sur lesquelles, disait-on, Rimbaud était méconnaissable.
Dix-huit ans plus tard, je lance donc une opération de génération d’image par IA (Nano Banana 2) en rédigeant une requête simple : « Montrez-moi svp Arthur Rimbaud à Aden à l’été 1880 ».
Je donne en référence une image d’archive de l’hôtel de l’Univers à Aden.

Voici ce que j’obtiens en lançant plusieurs fois la requête :





La suite (à Obock et Tadjoura), puis mes commentaires sur l’ensemble de ces essais dans un prochain billet.
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