C’est à Harar qu’Arthur Rimbaud réalise les trois autoportraits qu’il envoie à sa mère et à sa sœur par la lettre (remarquable) du 6 mai 1883.

Il vit et travaille sur la place du Faras Magala (du « marché aux chevaux ») successivement dans la résidence de Raouf Pacha, grande bâtisse construite sous l’administration égyptienne (1875-1885) où il est installé lors de ses deux premiers séjours dans la ville. Puis dans la petite maison qui se trouve de l’autre côte de la rue menant à la porte d’Assum Bari. Il y est alors négociant à son propre compte.




Je donne donc à l’IA ces trois images comme références historiques et je demande à y voir Rimbaud. J’ajoute aussi une image d’archive représentant le marché de la ville.

Voici les résultats obtenus.



Et pour finir, j’introduis cette magnifique photographie bien réelle du mausolée du sheykh ‘Abader prise par Édouard Bidault de Glatigné en 1888/1889, que j’ai publiée dans Arthur Rimbaud photographe, Ed. Textuel, 2002.

Elle est extraite du corpus de 117 photographies de paysages et types ethniques du Harar (Éthiopie), dont il fit don à la Société de géographie en 1889.


Encore une fois, aucune des images générées ne prend en compte la réalité historique de ses autoportraits de mai 1883 et l’on voit en revanche une sorte de logorrhée d’informations complètement inventées.

On voit aussi clairement tous les biais, préjugés, stéréotypes présents dans les données d’entraînement de l’IA, qui caractérisent ces représentations, notamment dans les images autour du mausolée du saint.

Mais surtout, ces décalages entre la réalité historique et ces images, à propos de la figure d’Arthur Rimbaud, me paraissent emblématiques de ce qui se passe avec l’IA générative.
Pour reprendre l’analyse d’Asma Mhalla (Cyberpunk — Le nouveau système totalitaire, Le Seuil, 2025), qui étudie les enjeux politiques de l’intelligence artificielle et les défis démocratiques qu’elle pose ainsi que les médias sociaux et la désinformation, on assiste, et l’on doit en être parfaitement informé, à l’installation de « technologies cognitives totalisantes », addictives et extrêmement dangereuses.
Elles sont en train de devenir des « médiateurs de pensée » qui menacent la liberté de concevoir et d’imaginer, en nous immergeant dans « l’univers psychique des architectes de ces technologies », à savoir les Big Tech, instruments du remodelage en cours de l’empire américain. Sans oublier le travail des industries principalement chinoises.
Les intentions idéologiques de cette guerre civilisationnelle deviennent assez claires. Orwell, dès 1941, avertissaient que les mouvements totalitaires veulent détruire la réalité objective (Jean-Jacques Rosat). Anna Harendt, publiant en 1951 Les origines du totalitarisme, avait prévenu : » Le vrai danger n’est pas de faire croire aux gens des mensonges, mais de les amener à ne plus croire en la vérité ».
Mais aujourd’hui, comme le pointe Asma Mhalla, parallèlement à la « tyrannie actuelle des flux », au « bruit permanent » qui nivèle tout et fait que c’est le plus bruyant ou le plus outrancier qui domine le débat public, la question est de savoir qui contrôle la « souveraineté cognitive », par la maîtrise, très matérielle, des flux ( les canaux de l’information et les outils technologiques : datas centers, entraînement, algorithmes…).
C’est sur le terrain des valeurs de travail de documentation et de création artistique que nous devons lutter contre ces hégémonismes.































