Je poursuis mon examen dans la production par l’« intelligence artificielle » générative de représentations d’Arthur Rimbaud, poète singulier dans l’histoire de la langue française devenu, à partir de l’été 1880, employé puis négociant dans la Corne de l’Afrique qu’il fréquente désormais : Obock, Tadjoura, Zeila, Ankober, Entotto et surtout Harar (liste à laquelle on peut ajouter Massawa, Le Caire et Aden, en Arabie).
À aucun moment ne sont prises en compte les images historiquement connues (ses trois autoportraits) qui témoignent de sa présence en Afrique. La génération de son image par l’IA, à partir de requêtes donnant des informations sur les lieux et les dates (« Rimbaud à Djeddah en 1880 ») ou proposant quelques images historiques en références pour préciser un lieu : la place du Faras Magala, le marché ou le tombeau du Sheykh Abadir à Harar (que l’on verra dans une prochaine série) produit à chaque fois une figure anachronique : l’adolescent de dix-sept ans, tel qu’il a été photographié par Étienne Carjat en 1871.
Cet exercice rend compte de la prévalence d’une vision imposée par la loi du plus grand nombre, mais aussi d’une forme d’appauvrissement de la représentation alors que l’on pourrait compter sur l’IA générative pour enrichir l’imaginaire : comment pourrait-on se représenter là-bas le poète qui a quitté « l’Europe aux vieux parapets » ?
Ce qui m’intéresse précisément dans le travail que je mène sur les représentations photographiques de Rimbaud dans la dernière partie de sa vie c’est qu’il apparaît sur les images authentiques, historiquement connues, comme un personnage prématurément vieilli (il écrit : « le séjour sur les côtes de la mer Rouge énerve les gens les plus robustes, et une année-là vieillit les gens comme quatre ans ailleurs » […] « Excusez-moi de vous détailler mes ennuis. Mais je vois que je vais atteindre les trente ans (la moitié de la vie !) et je me suis fort fatigué à rouler le monde sans résultat. » (lettre aux siens, Aden, 5 mai 1884).
Et surtout comme une figure fantomatique.
Loin d’être technophobe, ce qui m’intéresse ici, dans le contexte de la guerre technologique que se livrent principalement les puissances chinoise et étatsunienne, c’est de mettre à l’épreuve le mécanisme de génération d’images par IA qui se donne clairement et d’abord comme un outil de divertissement, mais qui travaille, force est de le constater, à construire un univers mental falsificateur.
Première série : Rimbaud à Djeddah à l’été 1880 (produite à partir d’une simple requête sans archive de référence).






