Deux compagnons

Deux compagnons allemands, partis pour un tour d’Europe qui doit durer trois ans, à l’instar du tour de France que font (moins longtemps) les Compagons français du Devoir, sont venus visiter l’exposition une heure avant sa clôture. Lui est tailleur de pierre, elle, peintre a fresco. Tous deux sont passionnés de photographie au collodion humide et font des démonstrations. Dommage que nous ne nous soyons pas rencontrés plus tôt.

L’occasion de remercier Ici le musée de la photographie de Saint Bonnet-de-Mure, près Lyon, qui nous a aimablement prêté différents objets issus de ses collections et que nous avons exposés dans deux vitrines pour tenter de rassembler et présenter le matériel photographique qu’Arthur Rimbaud, par l’entremise du colonel Dubar, a acheté très vraisemblablement à Lyon entre la fin 1882 et le début 1883.

Matériel photographique – Fin des années 1880.

Rimbaud n’espérait pas un tel bénéfice de la vente de sa caravane.

Vente de la collection Cortot. Autographe d’Arthur Rimbaud.

La lettre envoyée par Arthur Rimbaud à sa famille depuis Aden le 18 novembre 1885 a été adjugée 46.000 € lors de la vente de la collection Alfred Cortot organisée hier par Christies à Paris.

Comme le signale Jacques Bienvenu sur son blog, l’apparition de cette lettre autographe permet de vérifier la façon dont Isabelle et Paterne Berrichon l’avait retranscrite. André Guyaux, dans son édition de la Pléiade, avait donné la version de Berrichon. Il s’en est peu fallu pourtant, m’a-t-il raconté, qu’il n’ait eu connaissance de l’existence cet autographe.

Rimbaud y annonce son prochain départ pour le Choa : il entreprend de livrer pour le négociant français Pierre Labatut, avec lequel il s’associe, une caravane de fusils réformés achetés en Belgique.

La lettre est particulièrement intéressante pour la demande qu’y fait Rimbaud aux siens de lui envoyer le Dictionnaire de la langue Amariñña publié par Antoine d’Abbadie à Paris chez Vieweg en 1881.

Dans son Dictionnaire des orientalistes de langue française (Paris, Karthala, 2008), François Pouillon dit que l’ouvrage de d’Abbadie – qui fait graver spécialement une police de caractères éthiopiens – « comporte quinze mille entrées dont la fiabilité sera avérée par les lexicographes ultérieurs ».

Cette aventure du voyage de Rimbaud au pays du roi du Choa, Sahlé Selassié, couronné Ménélik II en août 1866, et qui deviendra en novembre 1889 negus negest, « roi des rois » d’Ethiopie, sera au coeur de la prochaine exposition que prépare la bibliothèque Carré d’Art de Nîmes : « Rimbaud-Soleillet. Une Saison en Afrique ». Commissariat : Hugues Fontaine. Conseillers littéraire et historique : Jean-Jacques Salgon et Philippe Oberlé.

Lettre de Rimbaud du 18 novembre 1885

Jean-Jacques Salgon me signale la mise en vente prochaine chez Christies d’une lettre d’Arthur Rimbaud adressée à sa famille, datée d’Aden, Hôtel de l’Univers, le 18 novembre 1885.

Rimbaud y annonce son départ pour le royaume du Choa, « une route terrible », « une cinquantaine de jours de marche à cheval par des déserts brûlants ».

Il souhaite se faire envoyer le dictionnaire de langue amhara d’Antoine d’Abbadie et il demande donc à sa famille d’écrire au directeur de la Librairie des langues orientales à Paris. « Je ne puis me passer de l’ouvrage pour apprendre la langue du pays où je vais et où personne ne sait une langue européenne, car il n’y a presque point d’Européens là jusqu’à présent. »